Le reclassement des aides-soignants en catégorie B, effectif depuis le 1er janvier 2022 dans la fonction publique territoriale et depuis octobre 2021 dans la fonction publique hospitalière, a modifié en profondeur la structure statutaire du métier. Pourtant, le passage effectif de C à B n’est pas automatique pour tous les agents. Comprendre les mécanismes de reclassement, de promotion interne et de VAE reste nécessaire pour sécuriser sa trajectoire.
Reclassement aide-soignante catégorie B : ce que les lignes directrices de gestion changent
Le décret du 29 décembre 2021 a créé le cadre d’emplois des aides-soignants territoriaux en catégorie B. Les agents titulaires relevant de l’ancien cadre d’emplois des auxiliaires de soins (catégorie C) ont été reclassés dans ce nouveau cadre. En FPH, le décret du 29 septembre 2021 a produit le même effet.
Là où la situation se complique, c’est pour les agents contractuels et ceux qui ne remplissent pas les conditions de diplôme. Le reclassement suppose la détention du DEAS (diplôme d’État d’aide-soignant) ou d’un titre équivalent reconnu par les textes : certificat d’aptitude aux fonctions d’aide-soignant, diplôme professionnel d’aide-soignant.
Dans la territoriale, la promotion interne de C vers B dépend désormais des lignes directrices de gestion arrêtées par chaque collectivité. Ces documents fixent les critères de sélection : ancienneté, parcours de formation, appréciation professionnelle. L’inscription sur une liste d’aptitude, établie par le centre de gestion sur proposition de l’employeur, reste le passage obligé. Nous observons des écarts significatifs de pratiques entre départements, certains centres de gestion appliquant des seuils d’ancienneté plus exigeants que d’autres.

VAE aide-soignante : la voie rapide vers le DEAS et la catégorie B
Pour les agents de catégorie C exerçant des fonctions d’aide-soignant sans détenir le DEAS, la validation des acquis de l’expérience constitue le levier principal. La réforme issue de la loi du 21 décembre 2022 a simplifié le dispositif avec la création du portail vae.gouv.fr.
Le seuil d’accès a été abaissé : il suffit de justifier d’au moins 1 607 heures d’expérience en lien avec les activités d’aide-soignant pour déposer un dossier. Cette durée correspond à environ un an d’exercice à temps plein.
La VAE présente un avantage concret par rapport à la reprise d’études en IFAS. Elle permet de maintenir son poste et sa rémunération pendant la démarche. Le parcours se décompose en trois phases :
- La recevabilité du dossier, vérifiée par l’organisme certificateur sur la base des heures d’expérience et de la nature des activités exercées
- La rédaction du livret 2, qui décrit en détail les compétences acquises en situation de travail, en les reliant aux blocs de compétences du référentiel DEAS
- Le passage devant le jury, qui peut valider la totalité du diplôme ou une partie seulement, avec prescription de formation complémentaire pour les blocs non validés
Une fois le DEAS obtenu par VAE, l’agent peut se présenter au concours sur titres organisé par l’établissement (FPH) ou le centre de gestion (FPT) pour intégrer le corps ou cadre d’emplois de catégorie B.
Grille indiciaire catégorie B aide-soignant : structure des deux grades
Le nouveau corps comprend deux grades. La classe normale comporte 12 échelons pour une durée totale de carrière dans ce grade fixée à 25 ans et demi. La classe supérieure comporte 11 échelons sur une durée de 25 ans.
L’accès à la classe supérieure s’effectue par tableau d’avancement, après examen des dossiers par la commission administrative paritaire ou selon les critères fixés par les lignes directrices de gestion. L’ancienneté dans le dernier échelon de la classe normale et la valeur professionnelle sont les deux paramètres déterminants.
À cette grille indiciaire s’ajoute le complément de traitement indiciaire (CTI) issu du Ségur de la santé. Ce complément, distinct du régime indemnitaire, est intégré au calcul de la pension de retraite, ce qui représente un gain réel sur l’ensemble de la carrière. Nous recommandons aux agents de vérifier que le CTI apparaît bien sur leur fiche de paie comme élément indiciaire et non comme prime.
Concours sur titres aide-soignant : conditions et organisation
Le recrutement dans le corps de catégorie B s’effectue par concours sur titres. En FPH, chaque établissement organise son propre concours. En FPT, les centres de gestion centralisent l’organisation.
Les conditions sont strictes :
- Détention du DEAS, du DEAP (diplôme d’État d’auxiliaire de puériculture) ou d’un certificat équivalent listé par le décret
- Nomination en qualité de stagiaire pour une durée d’un an après réussite au concours
- Titularisation à l’issue du stage si les services ont donné satisfaction, avec possibilité de prolongation d’un an en cas de résultat insuffisant
Les candidats déjà titulaires en catégorie C bénéficient d’un reclassement qui conserve leur ancienneté selon des règles de correspondance fixées par décret. Ce reclassement ne se traduit pas toujours par un gain immédiat d’indice : la reprise d’ancienneté peut placer l’agent à un échelon dont l’indice est proche de celui qu’il détenait. Le gain se matérialise sur la durée de carrière, grâce à un déroulement indiciaire plus favorable et au plafond de rémunération plus élevé en fin de classe supérieure.

Nouveaux actes aide-soignant et impact sur le positionnement catégoriel
L’élargissement du périmètre d’actes autorisés aux aides-soignants, encadré par les textes récents, renforce la logique du classement en catégorie B. Les compétences attendues se rapprochent de celles historiquement associées aux professions intermédiaires de santé.
Ce repositionnement a une conséquence directe sur la formation continue. Les établissements doivent financer l’adaptation des agents aux nouvelles compétences, ce qui passe par le plan de formation et les dispositifs ANFH en FPH. Pour les agents territoriaux, le CNFPT propose des modules spécifiques.
Le passage en catégorie B ne se résume pas à un gain salarial. Il traduit une reconnaissance du niveau de responsabilité clinique que les aides-soignants assument au quotidien. Les agents encore positionnés en catégorie C, faute de diplôme ou de poste vacant, ont tout intérêt à engager une démarche VAE sans attendre que leur collectivité ou leur établissement ouvre un concours sur titres.

